Dimanche 11 janvier 2009

Royal: "Qu'on laisse tranquille Rachida Dati!"

Propos recueillis par Virginie LE GUAY
Le Journal du Dimanche

Ségolène Royal critique la pression présidentielle sur Rachida Dati. (Reuters)
Ségolène Royal critique la pression présidentielle sur Rachida Dati. (Reuters)
 Alors que Rachida Dati est revenue aux affaires cinq jours après la naissance de Zohra, Ségolène Royal pointe, dans le Journal du Dimanche, un acharnement, "indécent et injuste", contre la garde des Sceaux. Pour la socialiste, qui fut la première ministre à accoucher en exercice, c'est Nicolas Sarkozy, qui est responsable de la reprise au travail de la ministre.
Le retour de Rachida Dati, sur la scène politique, cinq jours après la naissance de la petite Zohra donne lieu à une vive polémique. Cela doit vous rappeler des souvenirs....
Qu'on laisse donc tranquille Rachida Dati! Cet acharnement contre elle est indécent et injuste. Mes souvenirs sont d'autant plus aigus que j'ai été la première ministre en exercice à accoucher. Je savais que j'étais enceinte lorsque j'ai été nommée ministre de l'Environnement et j'ai choisi de ne rien dire au premier ministre d'alors, Pierre Bérégovoy. Je craignais d'être écartée. J'ai attendu que ma grossesse se voie. Et lorsque j'ai mis au monde ma fille Flora, le 1er juillet 1992, j'ai refusé d'être remplacée, comme cela a failli se faire, et décidé de reprendre mes fonctions au bout de quinze jours à un rythme ralenti. Mes collaborateurs se déplaçaient chez moi. J'ai laissé les caméras de télévision entrer dans ma chambre d'hôpital car je voulais assumer mon rôle de mère à une époque où, pour être prise au sérieux, il fallait cacher sa maternité. Si c'était à refaire, je le referais.

Vous avez toujours milité pour un allongement du congé maternité...
Et je milite encore. Toutes les femmes qui ont des enfants ont droit à un congé maternité le plus long possible. J'ai eu quatre enfants et je sais à quel point l'arrivée d'un nouveau-né est une chose magnifique. La mère doit pouvoir en profiter pleinement. Les femmes non salariées sont plus exposées. Un homme qui s'arrête trois semaines pour une appendicite, tout le monde trouve cela normal. Il ne viendrait à l'idée de personne de le faire remplacer. Mais une femme qui se met en retrait de son activité professionnelle pour s'occuper de son bébé n'est jamais sûre de retrouver son poste. Voilà la grande inégalité entre hommes et femmes! Comme tout le monde, quand je vois les photos de Rachida Dati, traversant la cour de l'Elysée, je pense à sa fatigue, à son bébé, et j'ai un pincement au coeur. Se remettre debout cinq jours seulement après avoir subi une césarienne, c'est trop rapide, sans doute. Mais à fonction exceptionnelle, comportement exceptionnel.

On a toujours le choix...
Vraiment? Quel choix a-t-on lorsqu'on est Garde des Sceaux et que le Président de la République décide d'annoncer une importante réforme de la Justice un mercredi alors qu'on a accouché le vendredi précédent. La pression est extrêmement violente. Pourquoi Nicolas Sarkozy n'a t-il pas laissé à sa ministre le soin d'annoncer la suppression des juges d'instruction? Où était l'urgence? Le faire ainsi, à sa place, relève de la provocation. C'est une façon de la gommer de l'espace politique. Je comprends que Rachida Dati se soit sentie obligée d'être présente aux côtés du chef de l'Etat lors de la rentrée solennelle de la Cour de Cassation.

Une forme de pression dites-vous...
On sait ce que coûte la politique de la chaise vide. Le responsable de la reprise rapide de Rachida Dati, c'est Nicolas Sarkozy: son comportement brutal, provocateur et humiliant témoigne d'un total manque de respect vis-à-vis d'elle. Au lieu de la rassurer et de la sécuriser, il la bouscule psychologiquement et la contraint à un choix cornélien. Au regard du code du travail, cela s'appelle du harcèlement moral.

A la place de Rachida Dati, qu'auriez-vous fait?
Sans doute la même chose, quitte à serrer les dents. Rachida Dati devait marquer son territoire, faire bonne figure. Elle a montré un grand courage, beaucoup d'énergie. Pour autant, je suis persuadée qu'elle va très bien s'occuper de sa petite fille et lui consacrer le temps qu'il faudra. Rachida Dati a l'air si heureuse de cette naissance. Je ne l'encouragerai jamais assez à profiter autant qu'elle le pourra de son bébé: aménager son emploi du temps, travailler ses dossiers à la maison, régler certaines choses par téléphone. Et si j'osais plaisanter, je conseillerais au père de l'enfant de prendre un congé paternité: ce Royal cadeau que j'ai fait à tous les pères lorsque j'étais ministre de la famille.


Les femmes du gouvernement dénoncent les propos "ridicules" de Ségolène Royal

lepoint.fr

Les femmes du gouvernement dénoncent les propos

La secrétaire d'Etat à la famille Nadine Morano estime dans un communiqué que l'ex-candidate socialiste à la présidentielle "tente d'exister en engendrant comme d'habitude la polémique sur Nicolas Sarkozy" et "détourne les heureux évènements de notre famille politique pour masquer son incapacité à unir la sienne" © AFP PHOTO / SEBASTIEN BOZON

Soutenue par Ségolène Royal, le retour express de Rachida Dati dans l'équipe gouvernementale ne fait pas tout à fait l'unanimité au sein du gouvernement. Mais quel que soit leur avis, les femmes de l'équipe gouvernementale sont montées au créneau pour dénoncer le soutien intéressé de Ségolène Royal à la ministre de la Justice uniquement destiné, selon elles, à critiquer Nicolas Sarkozy.

La secrétaire d'État à la politique de la Ville Fadela Amara se dit ainsi "un peu" choquée par la reprise rapide du travail de Rachida Dati, tout en dénonçant le "ridicule" des propos de Ségolène Royal mettant en cause la pression exercée selon elle par Nicolas Sarkozy sur la garde des Sceaux. "Je pense que Rachida, c'est son choix personnel" mais "il ne faudrait pas qu'une décision personnelle mette en danger un acquis social", explique-t-elle. Alors que Ségolène Royal accusait dans le "Journal du Dimanche" Nicolas Sarkozy de "harcèlement moral" vis-à-vis de la garde des Sceaux, Fadela Amara a estimé qu'"heureusement que le ridicule ne tue pas". "Parce que si le président Sarkozy avait imposé à Rachida Dati de respecter ses droits (...) de congé maternité, qu'est-ce qu'on aurait pas entendu non plus", a-t-elle ajouté. "Je pense qu'à un moment donné il faut arrêter les polémiques qui deviennent n'importe quoi sous le prétexte 'tout sauf Sarko'".

La secrétaire d'État à la famille Nadine Morano a elle exclusivement consacré ses flèches à Ségolène Royal. Dénonçant "le soutien visiblement intéressé à Rachida Dati", la secrétaire d'Etat à la famille estime dans un communiqué que l'ex-candidate socialiste à la présidentielle "tente d'exister en engendrant comme d'habitude la polémique sur Nicolas Sarkozy" et "détourne les heureux évènements de notre famille politique pour masquer son incapacité à unir la sienne". "Par la composition de son gouvernement, le chef de l'État a initié une vraie représentation de la France, à travers la diversité, l'ouverture, mais aussi à travers le respect de la parité par l'attribution aux femmes de portefeuilles régaliens", argue-t-elle avant de souligner que Ségolène Royal reconnaît avoir caché son début de grossesse lorsqu'elle était ministre de crainte d'être écartée du gouvernement. Ce '"elle n'aurait pas eu à le faire sous la présidence de Nicolas Sarkozy, respectueux de l'engagement des femmes en politique".

La secrétaire d'État à l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet assure de son côté que "le congé maternité est un droit entier et total qu'il faut défendre et sur lequel il n'y a pas à revenir. En même temps, il y a la liberté de chacune de choisir comment utiliser ce congé. Cela relève de la sphère privée. Rachida Dati fait le choix personnel d'écourter son congé, en toute liberté, je n'ai pas le sentiment qu'elle en fasse l'apologie, ni qu'elle recommande d'en faire autant". Et de conclure : "une femme, même ministre, a aussi une vie privée".

Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignment supérieur et de la recherche en profite elle pour faire des propositions. Elle se prononce pour la création par la loi d'"un intérim de 16 semaines" pour les femmes politiques après un accouchement. "Je crois que dans le système actuel, tel qu'il est organisé, Rachida Dati n'avait pas le choix et je crois que j'aurais fait la même chose qu'elle", juge la ministre de l'Enseignement supérieur sur France Inter et i-Télé jugeant que la Garde des sceaux s'était retrouvée dans une situation "inextricable".
"J'ai beaucoup réfléchi depuis quelques jours (...) Je crois que si nous voulons banaliser la politique pour les femmes, attirer le maximum d'entre elles en politique et éviter qu'elles aient à faire des choix proprement inhumains en termes de vie privée et en termes d'épanouissement personnel, il faut que nous entamions une réforme institutionnelle et que nous prévoyons un intérim de 16 semaines pour chaque élue, députée, maire, conseiller général et pourquoi pas pour les ministres", confie-t-elle. "Le suppléant prendrait la responsabilité automatiquement et rendrait le siège une fois l'intérim passé".

Enattendant une telle évolution législative, lors d'une galette des rois dans le septième arrondissement de Paris, dont elle est le maire, Rachida Dati a confié trouver le bon équilibre entre sa fille et son travail : "Pour moi, c'est un bonheur qui s'est réalisé et dont je profite pleinement à chaque instant. J'ai adapté mon emploi du temps pour elle et pour mes responsabilités. C'est vrai que j'ai repris mes activités, mais je n'ai pas repris totalement comme on pourrait l'imaginer. Je consacre beaucoup de temps aujourd'hui à ce qui m'est cher... Ma fille, Zohra. Je reviens, mais avec pour moi une priorité qui est aussi ma fille. A l'issue de ce moment convivial, je m'attarderai moins que d'habitude, parce que j'ai vraiment hâte de retrouver ma fille".

Regardez-la exprimer sa joie d'être maman devant le personnel de la mairie :


Les Français n'en sont pas moins critiques face à l'attitude de la garde des Sceaux. Selon un sondage Ifop publié dans le même journal, 56 % des Français considèrent que la ministre a eu tort de revenir si vite (1.014 personnes interrogées les 8 et 9 janvier).


Communiqués
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Des propos injurieux de Ségolène Royal à l'encontre de Rachida Dati

L’UMP est scandalisée par les propos tenus par Madame ROYAL dans le Journal du dimanche.

En évoquant le retour au travail dès mercredi de Rachida DATI, Ségolène ROYAL utilise les termes de « pression violente », de « total manque de respect », de « harcèlement moral », à la charge du Président de la République.

Ses propos sont doublement injurieux :
- À l’encontre du Président de la République, qui a donné à des femmes aux parcours les plus divers des responsabilités comme jamais dans l’histoire de la République,
- À l’encontre de Rachida DATI, car c’est nier sa liberté de femme et son sens des responsabilités.

Chantal BRUNEL
Porte-parole

Communiqué de l'UMP, le 11 janvier 2009

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